Pour beaucoup, les vacances sont synonymes de temps pour soi et de temps pour la lecture qu’un quotidien trop chargé ne permet pas , voici  mes deux premières lectures de vacances, de jolis moments...Merci à Françoise de m’avoir donné envie de lire le premier...

 

la relieuse du gué

Mathilde délaisse une carrière prometteuse de diplomate pour ouvrir un atelier de reliure dans un village de Dordogne. Cuirs, fibres de bois, feuilles d’or et pigments accompagnent désormais le quotidien de la jeune femme qui restaure avec passion et minutie les ouvrages qu’on lui confie.

Un matin alors que la pluie bat le pavé de la ruelle, un visiteur franchit le seuil de l’atelier.Un homme d’une beauté renversante et enveloppé d’un parfum de fougère et de terre fraîche. Celui-ci lui remet un livre ancien pour restauration, et disparait .

“Un bon relieur est quelqu’un qui ne lit pas” disait le grand-père de Mathilde. Et pourtant, comment résister à la tentation de plonger dans ce mystérieux ouvrage relié à l’allemande, offrant des dessins représentant un fanum, antique lieu de culte gallo-romain, et dissimulant dans sa reliure une liste de noms à l‘origine inconnue ?

Lorsqu’on prend le livre en mains, on a la surprise des pages roses, un peu déroutant d’abord, c’est un détail qu’on oublie vite au profit du contenu du roman. J’ai beaucoup aimé cette histoire pour deux raisons: indépendamment de “l’ enquête” dans laquelle se lance Mathilde pour connaitre l’origine du livre et de son mystérieux propriétaire   qui l’a subjuguée par sa présence, j’ai presque envie de dire son aura, tout autant que  par le mystère qui l’entoure, le cadre, une ruelle d’artisans aux personnalités originales et le métier de l’héroïne, la reliure, m’ont vraiment transportée ailleurs d’une façon très agréable. Le style est clair et limpide, l’auteur(elle-même relieuse) parle de son métier d’une façon attachante, attirante (c’est un de ces métiers d’art qui m’ont toujours attirée...) et on est vraiment transporté dans son atelier... J’ai beaucoup aimé les personnages qui l’accompagnent, campés d’une façon réaliste et plus vrais que nature, le boulanger chaleureux, la cordonnier excentrique, l’horloger décalé, jusqu’aux deux épicières méchantes commères...

Ajoutez à cela, la passion de l’héroïne pour Cyrano, dont les vers scandent l’histoire sans que cela ne soit ni pesant ni artificiel comme je l’ai craint un instant ( c’est noté en quatrième de couverture)...Au contraire les vers choisis sont toujours en concordance parfaite avec  l’histoire et viennent élégamment lui faire écho. Une fois le livre reposé, il reste en tête une petite musique délicieuse et la sensation d’avoir passé un moment vraiment agréable à suivre la destinée des personnages...

“Je tressaillis quand le téléphone sonna. C’était ma mère. Ce fut difficile de parler de tout et de rien. Si je lui avais dit que j’étais en deuil d’un homme dont je ne connaissais pas le nom et dont j’étais pourtant pour l’instant l’unique héritière, elle m’aurait dit ”ma chère fille, tu es comme ton grand-père, tu attends toujours de la vie, des choses extraordinaires”

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quand souffle le vent du nord

A cause d’une simple lettre en trop dans une adresse mail, Léo Leike reçoit des mails de résiliation d’abonnement destinés aux éditions Like. Au troisième, il signale poliment à l’auteur, une femme qui signe Emmi Rothner, qu’elle s’est trompée, elle s’excuse. Pourtant l’adresse de Léo reste dans les contacts d’Emmi et plusieurs mois après, lors d’un banal envoi de vœux groupé, il reçoit à nouveau un mail d’Emmi auquel il répond avec humour. Commence alors une correspondance  qui l’amènera, lui, à écrire “Vous êtes comme une deuxième voix en moi qui m’accompagne au quotidien.” tandis qu’elle admet ”Quand vous ne m’écrivez pas pendant trois jours, je ressens un manque.”

Emmi est mariée et heureuse, Léo se remet à grand-peine d’un chagrin d’amour. De plus en plus attirés l’un par l’autre, Emmi et Léo repoussent néanmoins le moment fatidique de la rencontre...

Der Spiegel avait écrit à propos de ce  roman traduit de l’autrichien ”Un des dialogues amoureux les plus enchanteurs et les plus intelligents de la littérature contemporaine”.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman  qui revisite la carte du tendre  à la façon d’un roman épistolaire; ce sont les mails tels qu’ils arrivent chez leur destinataire, qui forment la trame du roman avec juste l’indication de l’intervalle de temps écoulé depuis le précédent mail. Cela se lit vite, les mails à l’exception de quelques uns sont très courts, c’est souvent drôle, percutant, on sait peu de choses au début de la vie des deux héros, on connait juste leur état d’esprit et l’histoire qui prend naissance au fil des mails est parfaitement crédible. Une relation de plus en plus intime se noue grâce aux mots  et seulement aux mots et ressenti des destinataires. Toute la gamme des sentiments amoureux y passe et à l’instar des protagonistes, on vibre, on sourit, on trépigne, on soupire... Le suspense est maintenu jusqu’au bout, se rencontreront-ils ou pas ?

En tant que blogueuse, je sais combien des sympathies spontanées peuvent pousser à des relations plus personnelles  et  tout en lisant avec jubilation cette histoire bien ancrée dans la réalité du XXIème siècle, c’est en même temps  avec un œil amusé et un certain recul que je l’ai fait et  je crois que cela a ajouté à mon plaisir !

La demoiselle de Bordeaux et M. Rose et Gris  ont eux aussi succombé au charme de cette histoire d’amour par mails interposés... Laissez-vous tenter, vous ne le regretterez pas !

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Bravo à Françoise qui a trouvé avec quoi j’ai rempli mon cœur en grillage :

Beaucoup ont pensé au tamaris, mais il s’agissait du COTINUS ou arbre à perruque, cet arbre étonnant dont les inflorescences vaporeuses forment un nuage rose au dessus du feuillage !

cotinus ou arbre à perruque  (photo prise sur internet)

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