La demoiselle de Bordeaux avait alors juste trois ans et  au bout de ce qui lui avait semblé une longue marche pour ses petites jambes , la fatigue s’était envolée devant le spectacle de cet immense champ de jonquilles...C’était  il y a presque 19 ans au pied du Pic du Midi d’Ossau, dans le Béarn...

au pied de l'Ossau 

Dans les Hautes-Pyrénées, il y a aussi un endroit au printemps où  les jonquilles sauvages remplissent les champs. Cela faisait presque tout aussi longtemps que nous n’étions pas partis en balade dans ce coin-là et nous ne savions pas s’il était encore trop tôt ou pas. Les fortes chaleurs des jours qui avaient précédé pouvaient fort bien avoir accéléré la sortie des fleurs alors même que la neige était encore présente  à peine quelques semaines auparavant. Nous sommes donc partis  vers le Lavedan et plus particulièrement  le Pays Toy, la vallée de Luz Saint-Sauveur, Barèges, Gavarnie...

Gèdre

Ce village c’est Gèdre. Situé à 1001 m d’altitude, c’est là qu’au printemps les jonquilles envahissent les champs, les bas-côtés, le moindre bout de terrain... et elles étaient bien là, pas depuis longtemps car l’impression dominante n’était pas le jaune comme sur la première photo  (prise fin  mai à une altitude plus élevée !) ...

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Dans ce village dont les moindres terrains sont pentus, les maisons sont posés sur les champs avec pour jardin cette nature environnante inimitable qui les dote chaque printemps de cet or pâle, fragiles et courtes jonquilles aux longues trompettes, bravant  fièrement les vents vifs  des lieux...

jonquilles

 

Nous avons continué non vers le cirque de Gavarnie, où je vous emmènerai une autre fois, mais vers le cirque de Troumouse. Beaucoup moins connu que Gavarnie, c’est l’un des trois cirques glaciaires  formés au centre de la barrière calcaire des Pyrénées, le plus grand aussi,  4 kms de circonférence, et le plus sauvage. Lorsque j’étais enfant nous avions des amis agriculteurs qui emmenaient leurs bêtes en transhumance dans ce cirque qui est une zone pastorale de premier ordre, incluse dans le Parc national des Pyrénées. La route s’élève très vite et si en bas dans la  vallée, le printemps éclate de toutes parts,  ici le paysage qui s’offrait à nous n’était pas encore verdoyant malgré la présence ici et là de quelques fleurs timides et discrètes et de quelques chatons annonciateurs de renouveau...A côté de la cascade, on voit combien l’herbe est encore brûlée par la neige...

 au dessus de Gèdreau dessus de Gèdre 2

En face de  l’embranchement vers le cirque d’Estaubé, un troisième cirque situé entre celui de Gavarnie et celui de Troumouse, au pont de l’Arraillé, un chaos de blocs gigantesques offre au regard la surprise d’une très belle Vierge à l’enfant, fragile silhouette blanche au milieu de la roche...

la Vierge du pont de l'Arraillé 

Sur la route de nombreuses granges en activité ou non, de l’eau en abondance et un beau troupeau de vaches ...limousines ! Remarquez le bord des toits, typiques de la région avec leurs “pénaous”, des escaliers en plaques de schistes...

grangestroupeau

En continuant, le défilé s’élargit et  nous arrivons au hameau d’Héas, à 1500 m  où nous attend une magnifique petite chapelle ... Nous sommes au cœur de cette région classée au patrimoine mondial de l’Unesco. D’abord modeste oratoire d’origine médiévale, elle devint au XVème siècle jusqu’à la révolution, un prieuré prospère. Interrompu un temps les cultes et pèlerinages reprennent en 1810 et aujourd'hui encore le 15 août et le 15 septembre sont célébrés des pèlerinages  en ce lieu. Incendie, cataclysme , avalanches destructrices, la chapelle n’a pas été épargnée et a été reconstruite trois fois, la dernière en 1925-26 sur le modèle du XVIIIème siècle. Le vitrail sur la mosaïque est celui des pèlerinages où vous pouvez voir les costumes traditionnels de la vallée.

chapelle d'Héas 2 

En quittant Héas, nous avons emprunté la route sinueuse qui s’élève vers le cirque de Troumouse. Mais hélas, très vite, nous avons dû nous arrêter car la neige empêchait le passage vers 1700 m environ, nous avons continué à pied sur quelques centaines de mètres mais nous resterons  derrière le cirque, il faudra revenir plus tard dans la saison...

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Le cirque est juste là derrière cette barrière d’où dévale cette cascade,  à 2000 m environ d’altitude, accessible en voiture et  on peut y faire encore de jolies balades en toute sécurité même en famille....

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C’est promis, nous reviendrons et vous emmènerons tout là-haut...En redescendant,  une jolie surprise, une harde d’isards (le cousin pyrénéen du chamois qui a failli disparaitre  et fut sauvé par la création du Parc National des Pyrénées en 1967) en train de pâturer à flanc de montagne...  Ma batterie en passe de rendre l’âme, j’avais déconnecté l’écran et j’ai visé au jugé ! Ils étaient très loin et j’aurais eu bien besoin du gros téléobjectif sur pied qu’avaient installé d’autres promeneurs ! Néanmoins c’est   une telle surprise et  un tel plaisir de les trouver là que je vous montre ma photo...

harde d'isards clic sur la photo pour agrandir

En redescendant , nous avions vue sur les seuls arbres du coin, une forêt de résineux un peu au dessus de Héas car la particularité de Troumouse et de sa route d’accès est l’absence totale d’arbres et de buissons...

forêt 

Encore une belle journée qui s’achevait là, nous sommes rentrés en nous promettant de revenir très vite , pas dans 19 ans! Evidemment je n’ai pas résisté à l’envie de ramener un petit bouquet de ces jonquilles, je pouvais , Gèdre n’est pas situé dans le Parc National où toute cueillette est interdite...

jonquilles en bouquet