En faisant du tri dans mes photos, je me suis rendue compte que je ne vous avais pas parlé d’un lieu extraordinaire visité l’été dernier. Au printemps 2011 nous avions saisi au vol quelques images de l’émission “Des racines et des ailes”  sur ce lieu, la chapelle Saint-Nicolas  d’ Haranbeltz(ou  Harambels ) et nous étions promis d’aller la voir, ce que nous avons fait cet été... Je vous emmène donc en Basse-Navarre, sur la commune d’Ostabat-Asme...

chapelle d'Harambels

Avant de vous montrer l’intérieur de la chapelle dont vous voyez ci dessus le profil très caractéristique avec son clocher trinitaire et son abri de sonneur adossé en bois,  il faut que je vous raconte un peu l’histoire de ce lieu, à la croisée de trois des quatre chemins de Saint-Jacques de Compostelle, et dont l’originalité réside en son appartenance à quatre familles, descendantes des communautés de donats, ces frères et sœurs hospitaliers qu’on retrouve dans toute la France médiévale mais qui ont survécu jusqu’à la Révolution  au pays basque. Les donats étaient des laïcs qui avaient néanmoins prononcé des vœux, de chasteté, consistant à ne pas se remarier en cas de veuvage, de pauvreté, qui les empêchaient seulement de désigner leurs héritiers choisis par la communauté, et d’obéissance à leur chef élu, le Prieur. On trouve mention du Prieuré d’Harambels dès 1059. Ces communautés agricoles et familiales ont joué un rôle primordial dans le fonctionnement des établissements hospitaliers et des hôpitaux qui accueillaient les pèlerins. Il aurait fallu pouvoir vous montrer une photo aérienne  pour que vous vous rendiez compte de la situation des lieux inchangée depuis le Moyen Age, une clairière, la seule  au milieu des bois assez sombres de la vallée qui l’entoure et qui lui a donné son nom (haran en basque, c’est le val et  beltz, c’est noir)

Fin 1784, un édit du roi Louis  XVI dissout les communautés de donats et à la Révolution, l’église est confisquée. A l’époque,  de l’ancienne communauté, il reste quatre familles qui vont racheter leur propre bien à l’Etat !  C’est ainsi  que les descendants de ces quatre familles, héritiers de mille ans d’histoire, sont toujours les propriétaires indivis de la chapelle Saint-Nicolas ce qui nous permet aujourd’hui de pouvoir voir ce joyau qui aurait sans nul doute disparu si elle n'était restée propriété privée et  sans cette étonnante histoire...

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Le portail est la partie la plus ancienne qui soit parvenue jusqu’à nous, il serait daté du XIIe ou XIIIe siècle, surmonté d’un Chrisme  et d’une croix de Malte.

De l’ancien hôpital qui jouxtait l’église et dont une eau-forte d’Odilon Redon atteste l’existence encore en 1866, il ne reste qu’une porte lourdement ferrée ouvrant sur le champ voisin...

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A l’intérieur de la chapelle, le contraste avec l’extérieur extrêmement simple et rustique est total. La facture du retable est en date du  8 juin 1736. C’est naïf, voire simpliste,  coloré, relativement hétéroclite mais il y règne une atmosphère tout à fait particulière  qui nous a charmés et à laquelle la ferveur qui a présidé à la décoration du lieu n’est sans doute pas étrangère...

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Le panneau central reprend la légende de saint Nicolas et des trois enfants...

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La voûte devait vraisemblablement être peinte en bleu étoilé d’or un tout petit bout préservé a été retrouvé), mais un curieux décor de fausses briques à joints blancs est venu remplacer le décor originel, en pied de voûte des peintures  des évangélistes et d’autres saints...

peintures

Un bas relief intéressant qui semble d’origine romane mais...des recherches ont fait apparaitre qu’il date du milieu du XVIIIe siècle, il a été peint “à la façon” du XIIIe ! mais surtout il est sûrement d’origine locale car la Vierge est assise sur un coffre typiquement basque. Il aurait été réalisé par le même auteur que le bas-relief de Saint-Nicolas...

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Ce lieu a été récemment restauré de juin 2008 à décembre 2010 avec le concours  de l’Etat et de la Région et ouvert aux visites  de façon assez large, nous avions été accompagné par l’un des habitants du hameau propriétaire de la chapelle et passionné par son histoire et avons quitté à regret ce hameau paisible. Si ce n’était la présence de voitures, d’engins agricoles et les fils électriques, on aurait pu croire que le temps s’y est arrêté...Pendant notre visite, un pèlerin est passé, mais il fallait qu’il marche encore un peu pour atteindre désormais le gîte le plus proche...

hirondelles

Pour en savoir plus:http://www.lesamisdharanbeltz.fr/wordpress/

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