Alors que ma cadette s’est envolée à l’autre bout du monde pour vivre son rêve, moi, je continue à voyager immobile !

Il fallait absolument que je vous parle lecture... Les mois écoulés, comment dire ? la lecture et moi étions en froid, tout me tombait des mains, les vacances habituellement propices à mon sport favori  se sont révélées décevantes à ce point de vue et les mois qui ont suivi ce ne fut guère mieux jusqu'à ces dernières semaines...

Je pense qu’on peut passer à côté d‘un bon livre pour une quantité de raisons non maitrisées, et un livre trouvé banal aurait pu être adoré s’il avait été commencé quelques mois, quelques jours, quelques heures après...ou avant... Cela tient à un fil...Pourtant il serait faux de dire que rien, vraiment rien, n’a retenu mon attention cet été.

les reflets d'argent

Celui-là je l’ai lu en un temps anormalement long qui d‘habitude m’aurait fait abandonner ma lecture, de nombreux jours s’écoulant entre deux séances et je déteste cela, d‘autant  que le roman est riche et foisonnant (450 pages !), j’avais chaque fois l’impression désagréable d‘avoir oublié ce que j’avais lu précédemment, et chaque fois, la magie de l’écriture de Susan Fletcher a opéré, j’étais captive...Pourquoi je ne l’ai pas lu d‘une traite, c’est une autre histoire, qu’importe !

Ce qui compte c’est que ce livre une fois la dernière page refermée m’a littéralement habitée des jours et des jours. Alors si vous avez aimé “Un bûcher sous la neige”, je vous en parlais ici, vous ne serez pas déçus par ce nouvel opus, Susan Fletcher est une conteuse hors pair, une vraie magicienne et son histoire tout en finesse pétrie de légendes, de nature et d‘humanité est un magnifique roman sur l’absence, le deuil impossible , l’apaisement, l’espoir... un  roman d‘amour aussi ! Le temps de votre lecture et plus longtemps encore votre cœur battra à l’unisson de ceux de la famille Bundy  avec ses drames, ses non-dits, sur l’île de Parla isolée, battue par les vents, qui pleure un de ses fils, frère, oncle,mari...et il battra la chamade au rythme des espoirs fous confortés par de vieilles légendes auxquelles chacun ici veut croire...Laissez-vous captiver par ces reflets d‘argent!

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noces de neige

De Gaëlle Josse, j’avais aimé “les heures silencieuses” ici et “Nos vies désaccordées” ici, elle nous entraine dans l’univers clos d‘un train pour ce troisième roman avec sa délicatesse habituelle.

Elles sont des centaines à rêver d'une autre vie. Mais pour Irina, rêver ne suffit pas. De Moscou, le Riviera Express doit la conduire à Nice, jusqu'à Enzo. Elle est prête à saisir sa chance. N'importe quelle chance. Mais sait-on vraiment ce qui nous attend ? Irina n'a jamais entendu parler d'Anna Alexandrovna, jeune aristocrate russe, ni de son long voyage en train, en sens inverse, de la côte d'Azur à Saint-Pétersbourg, un huis clos où les événements tragiques se succèdent. Qui s'en souvient ? Un siècle les sépare, et pourtant leurs histoires sont liées à jamais.

Ne surtout pas en dire plus, le roman est tellement court ! j’ai beaucoup aimé ces portraits de femmes, ce parallèle à un siècle d‘écart, finalement, riche ou pauvre, laide ou belle, dans la Russie impériale  en 1881 ou dans celle de Poutine en 2012, tous les rêves de jeunes femmes  se ressemblent...Elles sont terriblement touchantes ces deux héroïnes ...

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sanderling

 

Encore un auteur dont je vous ai parlé avec enthousiasme, pour “La relieuse du gué” et surtout “Fugue” . Avec ce nouveau roman, Anne Delaflotte Mehdevi nous entraine dans un  monde paysan en mutation bouleversé par une catastrophe naturelle qui va imposer aux hommes de réinventer leurs vies. Un magnifique roman sur fond d’écologie, une description fine et absolument passionnante du monde de l’agriculture, des personnages terriblement attachants, qu’ils soient le héros, Landry ou des personnages secondaires, tous jouent une partition dont la petite musique vous surprendra et vous captivera... J’ai adoré  les 200 premières pages, vraiment adoré, sur les 376 que comporte le roman, ce qui ne m’a pas empêchée de le faire lire à ma belle-mère en lui disant “lisez au moins le début, il est fantastique” (je craignais qu’elle n’aime pas la tournure des évènements) eh bien elle a aimé jusqu’au bout ! attention c’est un très très bon roman, mais comme on dit parfois d‘un très bon film qu’il est un peu long , je dis juste que quelques pages en moins ne l’aurait pas affaibli tant sont denses et profonds les deux premiers tiers... Lisez-le et dites-moi si vous partagez le même ressenti...

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kinderzimmer

Je ne suis pas sûre que j’aurais choisi de moi-même cette lecture tant le sujet en est difficile, aussi merci à Véronique de m’en avoir donné l’envie, je partage son ressenti. C’est un livre bouleversant, dur, je l’ai lu en apnée souvent, avec la nausée parfois, et pourtant je vous assure que c’est un livre indispensable, magnifique...

«D’abord, il y eut cette rencontre, un jour de mars 2010 : un homme de soixante-cinq ans se tient là, devant moi, et se présente comme déporté politique à Ravensbrück. Outre que c’est un homme, et à l’époque j’ignorais l’existence d’un tout petit camp d’hommes non loin du Lager des femmes, il n’a surtout pas l’âge d’un déporté. La réponse est évidente : il y est né. La chambre des enfants, la Kinderzimmer, semble une anomalie spectaculaire dans le camp de femmes de Ravensbrück, qui fut un lieu de destruction, d’avilissement, de mort. Des bébés sont donc nés à Ravensbrück, et quoique leur existence y ait été éphémère, ils y ont, à leur échelle, grandi. J’en ai rencontré deux qui sont sortis vivants de Ravensbrück, ils sont si peu nombreux, et puis une mère, aussi. Et la puéricultrice, une Française, qui avait dix-sept ans alors. C’était un point de lumière dans les ténèbres, où la vie s’épuisait à son tour, le plus souvent, mais résistait un temps à sa façon, et se perpétuait : on y croyait, on croyait que c’était possible. Cette pouponnière affirmait radicalement que survivre, ce serait abolir la frontière entre le dedans et le dehors du camp. Envisager le camp comme un lieu de la vie ordinaire, être aveugle aux barbelés. Et donc, se laver, se coiffer, continuer à apprendre, à rire, à chanter, à se nourrir et même, à mettre au monde, à élever des enfants ; à faire comme si. J’ai écrit ce roman pour cela, dire ce courage fou à regarder le camp non comme un territoire hors du monde, mais comme une partie de lui. Ces femmes n’étaient pas toutes des héroïnes, des militantes chevronnées, aguerries par la politique et la Résistance. Leur héroïsme, je le vois dans l’accomplissement des gestes minuscules du quotidien dans le camp, et dans ce soin donné aux plus fragiles, les nourrissons, pour qu’ils fassent eux aussi leur travail d’humain, qui est de ne pas mourir avant la mort. Mila, mon personnage fictif, est l’une de ces femmes. Kinderzimmer est un roman grave, mais un roman de la lumière.»Valentine Goby

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et soudain tout change

Après Kinderzimmer, je me suis dit que cet auteur dont je n’avais rien lu, mais connu pour ses comédies serait le bienvenu. Pas de chance, ce roman n’est pas vraiment une comédie, je me suis demandé au début s’il n’avait pas été mal classé, plutôt ados qu’adultes, mais non, au fil des pages j’ai beaucoup aimé cette histoire d‘ados confrontés à la maladie de l’une des leurs. Une joyeuse bande de terminale vue à travers Camille, attachante Camille, avec ses doutes, ses questions, ses espoirs... Tous ces ados sont attachants et on vibre au rythme de leurs émotions. c’est la vie qui va, la vie de tous les jours avec ses joies, ses drames aussi qui font que soudain tout change...Beaucoup de sourire, d’émotion et de tendresse dans ce joli roman. Un livre à lire par les ados, ils se retrouveront dans l’univers de Camille, finement décrit et les adultes qui y trouveront un parfum de nostalgie ...

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la dernière fugitive

Je me rends compte que j’avais déjà lu et aimé un livre de Tracy Chevalier, “Prodigieuses créatures” sans vous en avoir parlé ici. Quoi qu’il en soit j’ai encore plus aimé celui-ci, le portrait bouleversant d‘une toute jeune femme quaker, Honor Bright en 1850. Abandonnée par son fiancé et redoutant d‘être exclue de sa communauté, elle quitte son Dorset natal en Angleterre pour suivre sa sœur promise à un commerçant immigré en Ohio. Sa sœur meurt de fièvre jaune à peine arrivée sur le sol américain, Honor décide de poursuivre son voyage et d‘aller vers cette communauté où elle avait décidé de s’installer. C’est donc seule qu’elle va affronter le rigorisme, la brutalité d‘un pays esclavagiste. Extraordinaire portrait de femme timide qui va  braver tous les interdits au nom même de ses convictions et de sa foi... Vous saurez tout sur cette Société des Amis où le silence est de rigueur dans la pratique de la foi, silence qu’Honor utilisera comme protestation, sur les quilts auxquels excellaient les anglo-saxonnes, seule plage possible de créativité et de couleur pour les femmes dans cette société puritaine, sur le Chemin de fer clandestin qui permettait aux abolitionnistes de faire passer les esclaves noirs en fuite au Canada et vous n’êtes pas prêts d‘oublier Honor, la pudique, discrète et lumineuse Honor ...

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Pour clore ce billet, quelques images de petites choses chinées qui me réjouissent l’oeil quand je les regarde, venues embellir un petit coin de salon...

Une craquante petite machine à coudre d‘enfant Singer fabriqué aux USA que j’ai installée sous cloche en compagnie d‘une photo de jeune femme..

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et sous globe à l’opposé de la console, une adorable paire de chaussons de bébé, de baptême sûrement, entièrement cousus et brodés main en fin linon de coton doublé de soie ivoire. posés devant une photo de famille, mes oncles maternels...

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Merci du fond du cœur à toutes celles qui ont pris de mes nouvelles ...