mercredi 10 juin 2009

Un livre...(Voyages immobiles 8)

Il me semble que cela fait bien longtemps que je ne vous ai pas parlé de lecture et de cinéma, j’ai un peu moins lu ces derniers temps pourtant il y a un livre dont j’ai envie de vous parler...

Au gré de critiques littéraires j’avais découvert  Xinran, journaliste chinoise qui a recueilli des milliers de témoignages de femmes chinoises pour une émission de radio et les a consignés dans un livre intitulé “Chinoises” et donné ainsi un témoignage exceptionnel sur la vraie vie des femmes de ce pays grâce à la liberté de paroles dont ont osé faire preuve ces femmes. En cherchant le livre dans une libraire, je suis tombée sur un autre ouvrage du même auteur “Funérailles célestes” et c’est de celui-ci dont j’ai envie de vous parler...

funérailles célestes

En 1956, Shu Wen et Kejun sont deux jeunes  médecins remplis de l’espoir des premières années du communisme chinois. Par idéal, Kejun s’engage dans l’armée, peu après Wen apprend sa mort  au Tibet. Refusant de croire à cette nouvelle, elle s’engage à son tour  afin de partir au Tibet  dans le fol espoir de savoir ce qui est arrivé à son mari. Elle est rapidement séparée de ses compagnons de voyage et recueillie par une famille de nomades avec qui elle va rester pendant trente ans sans jamais perdre de vue son but et au terme de ce temps , elle va découvrir ce qui est arrivé à son mari...

Cette histoire est magnifique  et livrée sans fioritures, l’écriture est simple et fluide, elle se lit comme un roman d’aventures. Elle est bouleversante à cause de ce qui sous-tend tout le récit, cette fidélité exceptionnelle  et cette quête pour laquelle  les qualificatifs me manquent...   De la confrontation de cette jeune chinoise avec une civilisation totalement inconnue, terriblement différente, sur laquelle elle ne connait que les préjugés véhiculés par la propagande, dont elle ne connait pas la langue, dans une nature sans doute belle mais profondément hostile, qui va profondément changer cette toute jeune femme, nait une histoire extraordinaire. Car les tibétains, nomades, vivent au rythme des saisons, accompagnés par leur religion qui imprègne chacun de leurs actes, ils n’ont pas de richesse matérielle au sens occidental mais sont d’une richesse humaine inouïe et les années vont passer sans que Shu Wen en prenne conscience , la notion de temps là-bas dans ces années là en tout cas, n’ayant pas grand chose à voir avec la nôtre... 

Un livre magnifique à lire, un témoignage sur une civilisation en train de disparaitre, le portrait d’une femme incroyable , une histoire qui parle de spiritualité, une histoire d’amour de légende...

♥ ♥ ♥

M E R C I

pour tous vos messages, ils m'ont profondément touchée...

Vous prendrez bien quelques fraises du jardin ?

fraisiers

 

fraisiers détails

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mardi 24 mars 2009

On s'embrasse pas ?...(Voyages immobiles 7)

on_s_embrasse_pasAprès quinze années d'errance à travers le monde, Bernard, la quarantaine désenchantée, revient échouer dans ce qui lui reste de famille. A la manière d'un ange noir, il va méthodiquement défaire la vie tranquille de tous ceux qu'il retrouve...

Bernard à la lecture de ce résumé n'est pas de ces héros avec lesquels on se sent immédiatement en empathie, il n'a rien fait de sa vie, il va mal et il ne supporte pas d'aller mal seul, il a voulu renier ses racines et pourtant c'est vers elles qu'il est, inexplicablement pour lui, attiré...

A ma propre surprise, je suis pourtant rentrée facilement dans cette histoire qui bénéficie d'une écriture enlevée, d'un style très décalé avec beaucoup d'humour noir, un peu méchant parfois, de trouvailles d'expression formidables...Le cynisme décapant interroge nos valeurs, les démolit éventuellement sans proposer quoi que ce soit en remplacement... En fermant le livre, je me suis interrogée sur l'auteur en me demandant ce qu'il avait pu vivre pour écrire de la sorte et j'ai trouvé une interwiew où il explique que la relation mère-fils de son bouquin est à l'inverse de ce qu'il connait avec sa mère... Magie de l'imagination de l'écrivain...

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* * * * *

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jeudi 12 mars 2009

Le père de la petite...(Voyages immobiles 6)

le_p_re_de_la_petiteParis, 1944. Une petite fille de quatre ans vit dans l'insouciance de la guerre, heureuse et libre, seule avec une mère qu'elle adore. Lorsque revient le père, qu'elle n'a jamais vu, prisonnier de guerre libéré, l'existence de celle qui s'appelle France, prénom choisi par le père avant de partir au front,pour l'enfant à naître, mais qu'on appelle « la petite », est bouleversée.

Pour cet intrus qui lui prend sa mère et entend imposer son autorité, elle éprouve d'abord de la haine, de l'effroi aussi devant sa dureté, sa violence, son étrangeté. Puis, avec tout l'excès dont est capable un enfant, elle se met à l'aimer d'un amour absolu, exclusif, un peu fou. Mais elle va être à l'origine d'un drame familial dont l'ombre se dessinait dès les premières pages du livre...

Qu'est-ce qu'un père? C'est la question qui court tout au long de cette remontée de souvenirs poignants mais distanciés, écrits à la troisième personne et dans une grande économie de style. La réponse, lumineuse, nous sera donnée dans les tous derniers mots du texte.

Ce roman autobiographique est le premier d'une jeune romancière de 65 ans. Elle obtiendra le grand prix des lectrices de Elle pour son second ouvrage, La femme de l'allemand en 2007.

J'ai beaucoup aimé ce petit livre, où toute l'histoire est racontée du point de vue de l'enfant, une petite fille sensible, observatrice, indomptée élevée par une mère fantasque et permissive, sans aucune contrainte, dont tout l'univers se résume à cette entité, le couple mère/fille. Quand le père revient ce couple-là vole en éclat, elle découvre quelqu'un qu'elle ne connaissait pas cachée derrière sa mère, la femme amoureuse... Et puis elle va apprivoiser et sa peur et son père et délaissant sa mère, envers qui elle ressent une rancune profonde même si elle ne sait pas mettre de mots sur ce sentiment, elle va basculer effectivement de la haine à l'amour fou...L'histoire est découpée en chapitres courts, en instantanés où tout se joue dans la tête de l'enfant ou dans de courtes scènes familiales. La finesse d'analyse doit sans doute un peu aux études de psychologie de l'auteur parallèlement à son métier de professeur de littérature et beaucoup à sa capacité à retrouver son regard d'enfant pour faire vivre ses souvenirs...Pendant cent cinquante pages, le lecteur a quatre ans et ressent plein d'empathie pour cette petite fille dont la vie va être changée pour toujours...

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jeudi 5 mars 2009

La pluie, avant qu'elle tombe...(Voyages immobiles 5)

la_pluie__avant_qu_elle_tombeRosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante: y a-t-il une logique qui préside à ces existences ?

 

Ce roman est l'histoire d'une blessure transmise de mère en fille sur trois générations, la narratrice dévoile l'envers des sourires affichés sur les photos et se révèlent ainsi pour celle qui écoute les cassettes, et donc pour le lecteur, des secrets de famille sous forme de scènes inattendues: un chien qui s'échappe à toute allure ce qui aura des conséquences dramatiques, deux femmes amoureuses au bord d'un lac d'Auvergne, chérissant une petite fille qui n'est pas la leur: un défi cher payé à la morale bien-pensante. L'auteur montre la façon irrationnelle et inévitable dont parfois s'organisent les histoires de famille, et à la fin on se demande avec Gil, qui a écouté l'histoire avec ses filles, pourquoi tant de chagrins, de malentendus, de sentiments contradictoires, de conflits...Y a-t-il un sens à tout cela ? Le destin n'est-il qu'une chimère comme la pluie , avant qu'elle tombe ? Une formidable écriture qui vous met dans la position de celle qui écoute les cassettes et la gorge un peu serrée vous donne envie d'en savoir plus et vous laisse à la fin du livre un peu groggy mais fascinée par ces destins de femmes...

 

 

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lundi 23 février 2009

Mangez-moi...(Voyages immobiles 4)

mangez_moiIl y a quelque temps, une amie m'a demandé si j'avais lu ce livre, comme elle me connaît bien, je me suis dit qu'il devrait me plaire...

Ouvrir un restaurant  ? Quelle idée... C'est pourtant ce que va faire Myriam en mentant avec assurance à son banquier car elle n'a aucune expérience de restauration ni de gestion. Ce restaurant, ce sera aussi sa maison, car elle n'a pas les moyens de se loger autrement... Eviter la faillite, vivre en clandestine et garder le secret sur un itinéraire trop chaotique constituent l'exercice auquel elle se livre chaque jour.

La narration est morcelée entre le quotidien au restaurant, ses cauchemars et son passé douloureux. Bannie de chez elle pour une faute inavouable, Myriam est une collectionneuse de contradictions, un oxymore ambulant. Une âme errante qui n'aspire qu'à la stabilité, une téméraire qui déteste qu'on la surprenne...

L'auteur croque une galerie de personnages attachants qui gravite autour de Myriam, Vincent le fleuriste amoureux, Ben le serveur idéal, les jeunes lycéennes philosophes, les enfants du quartier, son frère Charles, son fils Hugo, qu'elle n'a pas vu depuis six ans absent physiquement mais si présent en filigrane dans sa vie...Tous participent de la même comédie humaine, lumineuse, mystérieuse: le monde d'Agnès Desarthe.

Dire que j'ai aimé ce livre serait bien faible ! J'ai adoré, j'ai dévoré ce portrait inoubliable d'une femme bouleversante aussi intransigeante avec elle-même qu'elle est généreuse avec les autres. Et elle est généreuse ! iI faut l'être pour cuisiner pour des inconnus "avec amour et par amour"... C'est une réflexion profonde sur la vie. L'écriture imagée d'Agnès Desarthe  se savoure comme un de ces plats évoqués dans l'histoire...C'est un livre plein de saveurs, d'odeurs, envoûtant, féérique...Il s'appelle "Mangez-moi" , évocation d'Alice au Pays des Merveilles, il aurait pu s'appeler "Aimez-moi". Vous l'aimerez ...

Merci, Michèle, de m'avoir conseillé ce bijou...

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vendredi 20 février 2009

Les déferlantes ...(Voyages immobiles 3)

41JFQbPEg0L__SS500_La Hague, ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu'il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin, vit une poignée d'hommes, aussi âpres que leur terre sur laquelle est venue se réfugier la narratrice depuis l'automne. Employée par le centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs.

La première fois qu'elle voit Lambert, c'est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui, le visage d'un certain Michel. D'autres au village ont pour lui des regards étranges. Comme Lili au comptoir de son bar ou Théo, son père, l'ancien gardien du phare..L'histoire de Lambert intrigue la narratrice et l'homme l'attire. Elle-même qui est venu là pour faire le deuil de l'homme qu'elle a aimé reconnaît en Lambert une souffrance.

Il y a tous les personnages autour, Max, un peu fêlé, Raphaël le sculpteur et sa soeur Morganne, monsieur Anselme, amoureux de Prévert, la Mère, vieille femme pétrie de silences et de souffrances...L'histoire du village, des personnages vont permettre à la narratrice de sortir un peu de sa douleur et lui permettre de se rouvrir à la vie. Lambert, cabossé aussi, respecte ses silences, ses sauvageries, il l'apprivoise patiemment.

Et l'auteur nous raconte en toile de fond une nature belle et sauvage qui façonne hommes et femmes qui  réussissent à s'en accommoder...

J'ai beaucoup aimé ce livre qui est un de mes meilleurs souvenirs de lecture de l'année écoulée. L'écriture de Claudie Gallay est à l'image de ce qu'elle décrit, parfois aussi âpre et forte. Les personnages sont tous magnifiques d'humanité, on ne s'y attache pas forcément facilement , mais au fil des pages j'ai été envoûtée par la beauté de l'histoire, des histoires. Il y a celle de la narratrice et celles du village...Il se dégage un climat très particulier de ce livre, que l'auteur crée avec une économie de mots étonnante compte tenu de l'effet produit: j'étais là-bas sur cette pointe battue par les vents, je sentais les odeurs de la lande... Un livre ensorcelant d'une densité exceptionnelle.

 

 

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lundi 16 février 2009

Miserere...(Voyages immobiles 2)

 

MiserereLe roman débute dans l'église arménienne de Paris dont le chef de choeur, d'origine chilienne est retrouvé assassiné. Le modus opérandi relève du génie maléfique: la perforation inexplicable des tympans de la victime. Le titre prend alors toute son ampleur. Le Miserere d'Allegri composé vers 1630, était uniquement chanté par des voix d'enfants dont l'une était censé atteindre le son le plus pur. Le plus aigu. Très vite d'autres meurtres surviennent aux rituels macabres et les enquêteurs d'une part se rendent compte de disparitions inexpliquées d'enfants dans plusieurs chorales, acquièrent d'autre part la conviction que des enfants sont mêlés à ces meurtres. Les enquêteurs, parlons-en, un couple improbable formé de Lionel Kasdan, vieux briscard à la retraite, c'est lui que le prêtre appelle en premier, c'est « son » église, il va en faire une affaire personnelle, et Cédric Volokine, jeune russe affecté à la brigade des mineurs, toxico en pleine désintox, vont se démener en marge de l'enquête officielle pour percer le mystère...

Si l'histoire en elle-même est très sombre, avec un scénario très documenté mêlant fiction et faits historiques de l'histoire contemporaine, ce que j'ai préféré dans ce thriller, c'est la personnalité complexe, attachante des personnages principaux, les deux enquêteurs, qui portent leur propre fardeau de douleurs enfouies et qui se lancent dans cette enquête comme si leur propre vie en dépendait, de fait ils cherchent à exorciser leurs démons...

J'ai toujours aimé les polars et les thrillers, mais plus le temps passe et plus je m'interroge sur l'attraction que ce genre de livres exerce sur moi. Je déteste la violence, et il m'arrive après certains de ces romans de dire stop je ne lis plus çà, j'ai eu ma dose, il me faut maintenant du doux, du tendre, autre chose en tous cas. Et pourtant j'y reviens... Peut-être est-ce une manière d'exorciser la violence et la peur de la violence, de la maintenir à distance...

 

 

 

 

 

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jeudi 22 janvier 2009

La Porte des Enfers... (Voyages immobiles 1)

C'est ma grande qui m'a parlé de ce livre il y a plusieurs mois , même si elle ne l'avait pas encore lu, autour d'elle les commentaires étaient élogieux et on la pressait de le lire...

la_porte_des_enfers

 

A Naples, un petit garçon de six ans, Filippo,est tué par une balle perdue lors d'un règlement de compte entre mafiosis. Ses parents, Matteo et Giuliana perdent toute raison de vivre. Avant de disparaître, sa femme adresse une requête terrible à Mattéo: " Rends-moi mon fils ou si tu ne peux pas, donne-moi au moins celui qui l'a tué ". Alors commence la quête de Mattéo qui, incapable de tuer l'assassin de son fils, fera connaissance une énième nuit d'errance avec des personnages inoubliables qui vont l'initier et lui permettre de descendre aux enfers chercher son fils...

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans ce livre, mais comme il est écrit d'une façon magnifique, j'ai persisté et à un moment donné sans que je réalise quand s'était produit le déclic, je me suis rendue compte que j'étais fascinée, prise au piège de cette histoire envoûtante, poignante sur le deuil, l'impuissance des hommes face au deuil. C'est un conte puissant, une variation sur le mythe d'Orphée, et malgré la vision déroutante, dérangeante de L. Gaudé sur l'Au-Delà, j'y ai lu aussi une bouleversante histoire d'amour...

 

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