Voyages immobiles, chronique n°24

Avant tout, vous dire merci pour vos commentaires sur le précédent billet, ravie d’avoir réveillé quelques souvenirs chez certains et certaines d’entre vous et peut-être d’avoir pu faire découvrir le son si particulier du gramophone à d’autres. Merci pour vos compliments, mais il ne s’agissait pas là d’une véritable restauration, puisque j’aurais été bien incapable de toucher au mécanisme s’il n’avait pas marché, plutôt d’une remise en beauté et çà, vous en êtes capables vous aussi ...

♥ ♥ ♥ MERCI d’être là et de me lire, merci pour votre fidélité ♥ ♥ ♥

J’ai beaucoup lu ces derniers temps  et vous trouverez la liste complète dans l’album de mes lectures 2012, je ne vais vous parler  ici que de mes coups de cœur...

nos vies désaccordées

♥ J’avais beaucoup aimé d’elle son premier roman, “les Heures silencieuses” et c’est peu dire que celui-ci est encore plus beau... Une magnifique et dérangeante histoire d’amour...

François, pianiste de renommée internationale apprend un jour que Sophie, la femme qu’il a follement aimé et quitté dans des circonstances dramatiques de sa vie, est internée dans les Pyrénées. Il va tout quitter pour la retrouver et tenter de la sauver. On apprend peu à peu quelle a été leur histoire,  l’enfance de François, son ascension dans le monde des concertistes. Il dit de lui-même qu’il n’aurait pas aimé se rencontrer et pourtant malgré certains comportements très lâches envers lesquels je n’éprouve aucune sympathie, la fragilité, les failles , l’amour fou pour Sophie  en font un personnage attachant et on suit  son cheminement  avec l’espoir qu’il arrivera à reconstruire quelque chose...Des passages très poétiques alternent avec les retours en arrière, une construction assez musicale en adéquation avec le monde du personnage principal...Un très beau roman...

novecento pianiste

♥ 84 pages de pur bonheur ! une fable merveilleuse pour raconter l’histoire de Novecento, enfant né et abandonné sur un paquebot transatlantique, qui jamais ne mettra le pied sur la terre ferme et naviguera sans relâche, devenant le plus grand pianiste jamais connu, fantasmant sur la terre et ne pouvant se résoudre à quitter le navire... L’ histoire racontée par son meilleur ami trompettiste est un long monologue, un pur moment de bonheur et de poésie, l’écriture en est tout simplement magnifique, ne vous privez pas de ce joyau de littérature...

 

mississippi

♥ Un premier roman d’une puissance et d’une beauté incroyable... pourtant un sujet difficile s’il en est, celui de la ségrégation et de la violence inouïe de ces blancs arrogants membres du KKK, mais pas que...Il est question de couple, de passion, d’amour, de destin... C’est avant tout le beau portrait de femmes et d’hommes dans le delta du Mississippi dans les années 40. Laura épouse Henry Mac Allan qui l’arrache à la ville et l’emmène sur des terres qu’il a achetées, en les découvrant elle sait d’instinct qu’elle n’y sera pas heureuse, pourtant elle s’accommode d’une vie difficile sous le regard de Papy, le père d’Henry, vieillard égoïste, raciste, borné, haineux... A côté d’eux , il y a une famille de noirs qui  travaillent sur la plantation : Hap et sa femme Florence, qui travaille comme bonne chez Laura et comme  sage-femme pour les autres femmes noires de la région. Leur fils ainé Ronsel, revient de la guerre en France en même temps que le jeune frère de Henry, Jamie... Ronsel a découvert en Europe qu’il pouvait être traité comme un homme  et non comme un rebut de l’humanité, il a découvert la liberté de penser, de s’exprimer, d’aimer... le retour dans le Mississippi va être rude...C’est un roman choral où chacun des six personnages principaux prennent la parole pour raconter leur point de vue tout en faisant avancer l’histoire. C’est un premier roman terriblement maîtrisé qui me donne envie de suivre cet auteur,  le genre de roman qu’il est difficile de lâcher une fois entamé...

 

la lettre qui allait changer...

 

♥ Harold Fry est un être transparent et falot dont le couple qu’il forme avec sa femme Maureen, semble s’être délité au fil du  quotidien et des années. Il reçoit un jour une lettre d’une ancienne collègue, Queenie, qu’il n’a pas revue depuis 20 ans alors qu’elle lui avait rendu service juste avant de disparaitre, lettre dans laquelle elle lui apprend qu’elle est en train de mourir d’un cancer et lui dit adieu. Bouleversé mais incapable de répondre autrement que par de pauvres mots jetés sur une carte, il va dépasser la boite aux lettres de son quartier et prendre une décision pour le moins inattendue qui ne cadre pas avec son personnage, il téléphone au centre de soins palliatifs et demande qu’on lui dise qu’il est en route, qu’il arrive... à pied, soit près de 800 kms à parcourir, il la supplie de l’attendre , de rester en vie...En marchant, Harold va retrouver des sensations depuis longtemps oubliées, va voir affleurer à sa mémoire des souvenirs enfouis et ce voyage va lui permettre de se pardonner et de se retrouver... c’est savoureux, émouvant, drôle et j’ai pensé à un autre formidable roman qui fait du bien en le lisant “Le cherche-bonheur “.Le sujet n’a rien à voir et pourtant j’y ai tout de suite pensé...

Accompagnez Harold dans sa marche, suivez l'évolution de Maureen aussi au fur et à mesure qu’Harold avance, des personnages terriblement attachants, humains, délicieusement anglais mais si proches finalement...vous ne le regretterez pas...

avenue des géants

♥ Marc Dugain s’est inspiré de l’histoire vraie d’un tueur en série américain (Ed Kemper toujours emprisonné en Californie)qui a défrayé la chronique dans les années 60-70 pour écrire ce roman absolument époustouflant, brillant, passionnant... Al Kenner est un géant de 2,20m au QI supérieur à celui d’Einstein, doté d’hypermnésie, mais c’est surtout un être brisé, humilié par une enfance terrible, un paria à la lucidité terrifiante...Au début du roman, il est interné et raconte à son psy comment il en est arrivé là, puis il sort de l’hôpital et nous entraine avec lui dans .sa quête tragique vers un impossible amour maternel et une intégration tout aussi impossible dans la société... Il est question de grands espaces, de moto, d’oxygène et d’angoisses ...Formidablement écrit, il y a un véritable suspense et le personnage forcerait presque l’empathie, mais... Lisez-le c’est  un roman magnifique, il raconte des choses terribles sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le gore et écrit la plupart du temps à la première personne du singulier, il nous permet d’approcher au plus près les pensées intimes d’un être monstrueusement... fascinant ! Véronique en a parlé plus longuement...

 

certaines n'avaient jamais vu la mer

♥ Ce court roman raconte  à la première personne du pluriel la destinée  de jeunes japonaises envoyées au début du XXe siècle à San Francisco. Elles vont rejoindre leur époux, japonais lui aussi ,émigré depuis longtemps, elles ne l’ont jamais vu et mettent en lui tous leurs espoirs et leurs rêves de vie meilleure. Au terme d’une traversée éprouvante, reléguées dans les cales, elles arriveront enfin et affronteront un mari souvent bien différent de sa photo et une réalité bien loin de ce qu’elles avaient imaginé ... et le pire est encore à venir avec la guerre et la paranoïa des américains qui verront en tout japonais un espion potentiel. C’est un roman fascinant,basé sur un épisode méconnu et oublié de l'histoire américaine, écrit sur un mode incantatoire qui lui donne une force extraordinaire,  je l'ai lu d’une traite, quasiment en apnée...

♥ ♥ ♥